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17.08.2007

trribune

TEXTE 1

L’ Europe et la mondialisation



La mondialisation contrairement à ce que voudraient nous faire croire les technocrates et la droite n’est pas neutre, elle n’est pas non plus naturelle, elle est le fruit d’une volonté politique, d’une idéologie et sert avant tout les intérêts de l’hyperpuissance américaine et des multinationales.


La mondialisation est d’abord une idéologie réactionnaire qui trouve ses fondements dans les philosophes conservateurs et contre révolutionnaire, elle s’est dénommée libérale car sa renaissance date de 1947, avec les débuts de la guerre froide, des clubs de pensée et d’influence sont fondés aux Etats unis comme la société du Mont Pèlerin fondée en 1947.

La mondialisation culturelle : le néolibéralisme nouvelle pensée unique

« Après la deuxième guerre mondiale, qui mit en péril beaucoup des valeurs de la civilisation occidentale, 36 intellectuels, la plupart économistes, d’autres historiens et philosophes furent invités par le professeur Friedrich Von Hayek à se rencontrer au Mont Pèlerin pour débattre de la situation et l’avenir possible du libéralisme comme pensée et mode d’organisation » Site de MPS www.
Elle est une organisation internationale, réunissant des économistes, des chefs d’entreprises et des penseurs réactionnaires : Friedrich Von Hayek, Jacques Rueff, Bertrand de Jouvenel,…Elle se réunit en Suisse au Mont Pèlerin, ville touristique prés de Montreux.

8 membres de MPS ont obtenu le prix Nobel d’économie : Milton Friedman, Friedrich Von Hayek, Georges Stigler, James Buchanan, Ronald Coase, Gary Becker, Vernon Smith, les économistes français sont actifs :Professeur Georges Leduc, Pascal Salin, Jacques Garello, Jean Pierre Centi, Pierre Garello…


Les fondements philosophiques de cette idéologie renaissante l’individualisme contre la solidarité collective, l’inégalitarisme, un retour à la loi et l’ordre, un autoritarisme policée, la croyance en un ordre naturel, la confusion entretenue entre liberté individuelle, liberté d’entreprendre et liberté politique et sociale le retour des valeurs morales,.…

son programme était :

1/« analyse et recherche sur la nature de la crise présente, pour remettre en valeur dans l’opinion, les fondements essentiels de nos principes moraux et économiques,

2/ la redéfinition du rôle de l’état, (faire la distinction entre l’ordre totalitaire et libéral*),

3/Rétablir le pouvoir de la loi et garantir son développement afin d’empêcher que des individus ou groupes limitent la liberté des autres, et les droits personnels ne sont pas mis au service d’un pouvoir prédateur, (sic)

4/La possibilité d’établir (mettre en place) des règles minima afin de permettre le l’initiative privée et le bon fonctionnement du marché,

5/ Méthodes pour combattre le mauvais usage de l’histoire contre la propagation des croyances hostiles à la liberté,

6/ La problématique de la création d’un nouvel ordre international conduisant à la sauvegarde de la paix et la liberté, et permettant aussi la mise en place de relations économiques internationales harmonieuses.


Parmi les autres centres de réflexion réactionnaire dit « néo conservateurs » l »’Heritage Foundation » fondée en 1973 : Aux Etats Unis, centre de réflexion et de recherche pour formuler et promouvoir les politiques conservatrices fondées sur les principes : « libre entreprise, pouvoir public limité, individualisme, et les valeurs traditionnelles américaines ainsi qu’une politique de défense agressive. »

En France elle a trouvé des relais dans la presse conservatrice, puis avec l’arrivée des « nouveaux philosophes », de la nouvelle droite et du retournement d’intellectuels communistes comme François Furet, elle a étendu son influence jusqu’au sein de la gauche de gouvernement dans les années 80, avec l’appui de Jacques Julliard , de la gauche caviar du Nouvel Obs, groupe Perdriel, Libé, Le Monde…François n’hésitant pas à cosigner un livre avec Erich Nolte, historien révisionniste allemand, dont les thèses sont dans un premier temps la mise sur le même plan du communisme et du nazisme et ensuite, considérer le nazisme comme une réaction de défense à l’agression communiste soviétique.


En France dans les années 70 cette réaction a pris un nouveau visage avec le "Grece", et la nouvelle droite, considérant que la bataille était d’abord culturelle, soutenu par le Figaro Magazine, puis la naissance du Club de l’Horloge passerelle entre la droite conservatrice et l’extrême droite.

Sur le plan économique, ce fut la conversion au monétarisme, à la désinflation compétitive, à l’obsession de l’équilibre budgétaire qu’avait fort justement stigmatisé Pierre Mendès France au début des années 30, et à la vague des privatisations, de l’indépendance des banques centrales, de la privatisation des bourses, et de la mise en place de normes de gestions et de normes comptables anglo-saxonnes.

Cette mondialisation culturelle s’appuie sur les nouvelles techniques de l' information, et la constitution de conglomérat maîtrisant l’information et sa diffusion : journaux, radios télévisions, web.


La mondialisation politico-financière :

Refuser de voir que la mondialisation n’est ni naturelle, ni neutre, c’est aussi refuser d’en chercher ses r&acines culturelles : la science du Management qui trouve sa source aux états unis. Il n’est pas surprenant alors de constater que le management, les techniques de gestion, la puissance financière fondée sur l’économie et la finance américaine ont peu à peu imposé leurs techniques, leurs visions, leurs intérêts avec la mise en place de multinationales, qui représentent l’alliance de l’actionnariat et des dirigeants d’entreprises grâce aux méthodes des stocks options, à l’indexation des salaires sur les résultats et la taille des multinationales, et leurs soumissions aux bourses des valeurs.

Ce sont les fameux rendements de 15% après impôts du capital exigés par les bourses, les fonds d’investissements et les fonds de pensions anglo-saxons. Au point que l’on peut dire que ce sont les salariés européens et asiatiques qui paient les retraites des cadres américains.


Cette main mise sur l’économie, correspond au retour de la puissance américaine avec l’ère Reagan. Après le désastre Vietnamien, l’Amérique est de retour. Ce retour a pris d’autant plus d’ampleur qu’avec la décennie 90, le communisme s’est effondré laissant le champs libre aux Américains et à la droite réactionnaire, qui veut faire passer pour des réformes, la politique de contre réformes mises en places depuis les années 80.

Cela s’est fait d’autant plus facilement que sans le contrepoids du bloc communiste, la social démocratie s’est trouvée nue, affaiblie. Son affaiblissement s’est accentuée avec sa mutation, sa conversion au social libéralisme qui l’a conduit à se renier, puisqu’elle a du mettre en place des politiques anti-sociales conduisant à une rupture avec le syndicalisme ou un éloignement (comme au Royaume uni, et en Allemagne).

Cela a conduit à remplacer l’égalité par l’équité, l’état par l’esprit d’entreprise et l’individualisme, à privilégier les privatisations au détriment de l’état, à démembrer l’état social en « réformant la sécurité sociale, les retraites, à remplacer la politique sociale par un discours compassionnel et moral (ordre juste), le marché du travail…



L’institutionnalisation : la démocratie passe à la trappe


Ce phénomène se traduit partout par un recul de la démocratie, la montée de la politique spectacle, de la dépolitisation, la perte des repères, Tony Blair déclarant, il n’y a pas d’économie de droite ou de gauche, mais une bonne et une mauvaise politique économique » Ce qui revient à croire aux lois naturelles, à la main invisible.

Cela a justifié le désengagement de l’état, la fin des politiques industrielles, puisque »rien n’est plus fort que marché » comme le disait Margaret Thatcher. Cela a conduit à développer l’indépendance des banques centrales, aux politiques déflationnistes comme dans les années 20 et 30, à privilégier les actionnaires par rapport aux salariés. Les actionnaires étant la source des richesses et les salariés représentant un coût !


Enfin le recul de la démocratie se manifeste par la montée en puissance de la technocratie nationale, comme européenne à Bruxelles, où la commission formée par des technocrates à l’initiative des lois et met en place la réglementation, le parlement n’ayant que le pouvoir d’accepter ou refuser les lois. C’est aussi la montée en puissance du FMI qui fut le premier à mettre en place le consensus de Washington : politique monétariste, privatisation, lutte contre les déficits budgétaires, FMI dominé comme chacun le sait par les Etats Unis. C’est aussi la création de l’office mondial du commerce chargé d’imposer la concurrence libre et non faussée au monde entier.


Tout cela a conduit à la mutation du projet Européen.

L’Europe à projet politique devenu un grand marché sous influence américaine :


L’Europe fondée en 1957 par le traité de Rome avait pour vocation d’unifier les pays européens économiquement et politiquement, c’est pour cela que le Royaume Uni refusa d’y adhérer, lui préférant l’AELE, zone de libre échange.


La première des politiques communes en dehors du charbon et de l’acier, fut la politique agricole commune avec le succès que l’on connaît. Cette politique est maintenant remise en cause au nom du marché. Il est quand même drôle de constater que les technocrates de Bruxelles, après avoir réduit la production de lait, doivent maintenant la développer pour faire face à la pénurie mondiale en produit laitier. Soyons certains que bientôt toutes les restrictions mises en place seront levées.

L’Union Européenne a subi son premier revers en ouvrant la porte à la Grande Bretagne, Pompidou l’homme des milieux d’affaires en porte la responsabilité. La deuxième erreur fut commise par le tandem Kohl Mitterrand relayé par le brave Delors la mise en place du grand marché, sans contrepartie fiscale et sociale. Cette erreur aurait pu être corrigée avec la mise en place de l’Euro, il aurait suffi de lier l’Euro à une politique fiscale et sociale commune. Il n’en fut rien.


A partir de là l’Europe politique est morte. Incapable de créer sa propre défense, soumise à l’Alliance Atlantique et à la montée en puissance des britanniques et des lobbies financiers et industriels, l’Europe et son parlement symbolique échappe à tout contrôle démocratique. La responsabilité de la social-démocratie européenne est totale. Sans avoir peur de se renier, elle a avalisé le projet de traité constitutionnel européen, que les peuples appelaient à approuver en dehors des espagnols et luxembourgeois ont rejeté comme les Français et les Hollandais. Les autres peuples Allemands, britanniques, belges, portugais, Italiens.. n’ont pas eu voie au chapitre. la démocratie sans le peuple c’est tellement mieux.

L’avenir :Une Europe politique


L’Europe marché est symbolisée par la volonté des Etats unis et de leurs relais britanniques de voir adhérer la Turquie à l’Union Européenne, la Turquie des généraux, la Turquie membre stratégique de l’OTAN. Cette Europe là où celle de certains sociaux démocrates, une Europe méditerranéenne incluant Israël, le Maroc n’a pas de sens. Sauf pour les ennemis de l4europe et les alliés des Etats Unis d’Amérique.

Nous devons refonder le socialisme démocratique et pour cela nous devons nous appuyer sur un projet politique Européenne. L’Europe comme le disent fort justement Emmanuel Todd et l’économiste Jacques Sapir doit remettre en place un tarif extérieur commun pour protéger ses industries stratégiques et son peuple. En quoi cela est-il positif pour l’humanité d’exploiter la misère des Chinois, des indiens et autres en délocalisant et en créant le chômage chez nous.

Jacques Sapir (la fin de l’Eurolibéralisme) avance l’idée de montants compensatoires sociaux sir le modèle des montants compensatoires agricoles, cette idée est promise à un bel avenir.

D’autre part rien ne serait plus facile pour l’Europe d’européaniser, en nationalisant les systèmes de compensations que sont les tristement célèbres Clearstream et Euroclear, ainsi que SWIFT. Par ailleurs rien n’empêcherait une union Européenne politiquement majeure de taxer les opérations vers et des paradis fiscaux, enfin l’Europe devrait retrouver sa politique de développement structurelle et aider les nouveaux adhérant massivement comme elle l’a fait avec L’Espagne, le Portugal, L’Irlande et la Grèce, au lieu de jouer la concurrence des bas salaires, et la concurrence fiscale.

Un autre socialisme pour une vraie démocratie européenne

Sur le plan politique l’union européenne devrait redémarrer avec les seuls membres la zone Euro d’accord pour mener une politique d’intégration politique, économique, fiscale et sociale. Selon consisterait à favoriser la mise en place de politiques industrielles européennes, d’industries européennes dans les services comme dans les industries traditionnelles. Cela passerait par l’Européanisation des bourses européennes. La renationalisation des services publics : télécommunications, poste, chemins de fers, énergie.

Pour cela une politique de convergence fiscale et sociale serait mise en place avec des critères quantitatifs : réduction du chômage, fiscalité à atteindre, le travail devrait être moins taxé que les revenus financiers.

Politique de grands travaux d’infrastructure financée par la BEI et les états concernés, voire la BCE (elle trouve bien €150 Milliards pour venir au secours des bourses et institutions financières lors de la crise de l’immobilier)

Taxation sur les mouvements financiers et boursiers, surtaxation des opérations vers les paradis fiscaux sur le modèle des montants compensatoires sociaux. Suppression des paradis fiscaux des états membres de l’UE ou de toute fiscalité dérogatoire au tarif commun.

Mise en place des montants compensatoires sociaux tout produit importé , alors qu’il existe une production dans l’U E serait taxé à due concurrence (la taxation le rendrait aussi couteux que les produits fabriqués en Europe),

Instauration d’un tarif extérieur commun, éventuellement retrait de l’OMC.

Politique d’aide au développement (1%) du budget des états de l’UE, avantages fiscaux pour les investissements non polluants en UE et hors UE, soumission de ces investissements dans les pays en développement au respect des critères sociaux (interdiction de faire travailler les enfants de moi,s de 15 ans, salaire minimum et cotisation sociales),

Développement d’une économie coopérative, avantage fiscaux.

Réforme des normes comptables pour les dégager de la philosophie court termiste et financières des normes anglosaxonnes acceptées par la Commission Européenne,

Mise en place de la cogestion dans toutes les entreprises de plus de 30 salariés.

Création d’une agence publique de notations des entreprises cotées en bourse.

Obligation pour toute entreprise réalisant plus de 10% de rendement du capital à augmenter les salaires, et les investissements et la recherche.

Amender les statuts de la Banque centrale européenne en ajoutant comme objectif prioritaire le plein emploi (soit 0,% de chômage maximum), soumission de la banque centrale au parlement européen.

Toute délocalisation entraînant des suppressions d’emplois donnerait lieu à une pénalisation abondement à un fonds de retraite et prise en charge des salariés pendant 3 ans.

Sur le plan financier, les fonds d’investissement et de pension verraient leur part dans le capital d’une entreprise réduite à 10% maximum.

Enfin cela consisterait à donner au parlement tous les pouvoirs d’un parlement celui de l’initiative législative, le pouvoir de voter les budgets, et de choisir l’exécutif et de le censurer.


Au plan de la politique étrangère, l’Union Européenne devrait acquérir son indépendance en rompant avec l’alliance Atlantique qui depuis la fin de la guerre froide n’a d’autre sens que de nous soumettre à l’hyperpuissance américaine. Enfin nous devrions offrir à nos voisins russes un traité d’association avec vocation à devenir s’ils le souhaitent membres de l’Union Européenne. L’Europe avec la Russie, ses richesses humaines et naturelles, ses technologies de pointes en matière spatiale et militaire ferait e l’Europe une puissance respectée et indépendante.


Au niveau des alliances politiques le Parti socialiste devra soit peser sur le Parti socialiste Européen et infléchir sa dérive suicidaire libérale, qui lui ouvre comme perspective la disparition progressive comme le Parti radical qui domina la III e république, s’ouvrir à la Gauche Allemande de Lafontaine et Bisky. Nul doute qu’un tel renouveau redonnerait un espoir, un avenir à une Europe et à des citoyens qui voient des lendemains toujours plus gris.


Jean Bachèlerie et Bernard Favennec

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